24 mai 2008
Le printemps Russe de Norman Spinrad
Une critique que j'ai envoyé au site Phenix Web. Je ne sais pas s'il vont la publier, mais j'en ai bavé pour la rédiger...
Le printemps Russe de Norman Spinrad
21 juillet 1969, des hommes marchent sur la lune pour la première fois. Un enfant regarde la diffusion de l'événement en direct à la télévision et décide qu'il fera pareil. Qu'il ira dans l'espace...
Le printemps Russe, c'est l'épopée de Jerry Reed qui veut réaliser son rêve d'apesanteur. La guerre froide ne s'est pas achevée. Alors que l'Europe et la Russie lancent un programme spatial civil commun, les USA montent l'Etoile d'Amérique, un système de défense spatial effarant, les rendant théoriquement invulnérables. C'est dans ce climat tendu permanent que Jerry rencontre l'amour de sa vie à Paris, Sonia, d'origine Russe. L'opposition des deux super-puissances prend alors corps dans le quotidien de ce couple : Jerry le rêveur, la tête dans les étoiles et Sonia la bureaucrate, les pieds sur terre. Leurs enfants, Robert et Franja, illustreront également le fossé (infranchissable ?) entre les deux cultures.
Ici, pas de grosse artillerie, le mot d'ordre de ce roman est le réalisme. L'aventure de Jerry Reed et de sa famille prend corps sur une Terre politiquement, économiquement, socialement crédible et documentée.
Comme tout roman de science-fiction, l'auteur s'est livré à quelques spéculations sur son futur. Voyons quel futur nous attendait en 1990 :
La Russie est encore un gros bloc politique très influent. En effet, c'est en 1991 que les républiques fédérées prennent leur indépendance et que la Russie se tourne vers la résolution de ses propres problèmes.
Les états unis ont tourné leur politique extérieure vers l'Amérique du Sud, avec pour but avoué de libérer des peuples de leurs dictateurs et pour but officieux de faire tourner leurs usines d'armement. L'interventiionisme américain était déjà connu en 1990. Bush père avait sévi. L'histoire irakienne nous montre que l'auteur n'est pas tombé très loin de la réalité.
Technologiquement parlant, le monde du roman ressemble à celui que nous connaissons. Pas de voitures volantes mais un concordski (avion supersonique amélioré par le savoir-faire rustique de nos voisins slaves), encore envisageable avant le crach du concorde en 2000, et des visiophones (qui ne sont pas encore monnaie courante mais qui se multiplient). Par contre, il semblerait que l'auteur n'ai pas anticipé la déferlante des portables (démocratisation à la fin des années 90)
La course à l'espace ne s'est pas arrêtée, ni à l'est ni à l'ouest du pacifique, et une ville spatiale voit ne jour. La navette qui permet d'amener du public dans ces modules spatiaux sort du cerveau de Jerry et nul doute que cet exploit serait possible aujourd'hui si l'argent public avait été massivement insufflé dans la recherche spatiale (on parle bien de coloniser Mars à l'horizon 2050...)
Enfin, l'auteur semble avoir devancé certains événements de manière assez troublante : l'ordinateur personnel, la monnaie unique européenne (elle n'est arrivée qu'en 1999) et une curieuse... dévaluation du dollar !
En définitive, Le printemps Russe est un roman fleuve, intelligent, diablement réaliste, non dénué d'humour et de moment d'émotion, mais dont la lecture peut-être parfois laborieuse parce que, justement, trop réaliste. Il a cependant le mérite de décrire avec brio une vision de ce que pourrait être l'ordre mondial si la confrontation des deux blocs avaient perduré. A ce titre, il constitue une magnifique description du monde à la veille du XXème siècle, à l'instar de n'importe quel bon roman ne relevant pas de la science-fiction.
A conseiller aux fans de grande saga, d'humanisme et de réalisme. A déconseiller à tous ceux qui cherchent de l'action débridée, du suspense et des races extra-terrestres.
30 avril 2008
la solution finale de Freddy Francois
FIN de la critique des nouvelles tirées du Phenix Web Hors série spécial nouvelles n° 7 (critique qui n'engage que moi)
La solution finale de Freddy François
Bon. J'avais écrit une critique détaillé de cette nouvelle, mais elle s'est perdue dans les limbes obscures de mon ordinateur. Comme j'ai pas l'habitude de me répéter, sachez juste que c'est une course poursuite plutot bien menée, une sorte de mélange entre "la technique du furet" d'Andrevon (excellent ouvrage au demeurant) et n'importe quel film de chasse à l'homme. La nouvelle dénonce les travers de notre société basée sur l'image et j'ai bien aimé.
Voila, c'est la fin des critiques et personne ne m'a pour l'instant fait parvenir son avis sur ma nouvelle : la planète aux mille questions (mais il n'est jamais trop tard pour bien faire...).
Honnêtement, l'exercice était interessant mais je ne pense pas renouveler l'esperience. Peut-etre que je mettrai des critiques des bouquins que je lis (mais ce sont très souvent de vieux romans de S-F et je suis pas sûr que ça passionne des gens)
28 avril 2008
Morbe de Rachel Gibert
Morbe de Rachel Gibert
Morbe, c'est l'anagramme d'ombre. C'est aussi un peuple de sauvages arriérés et sanguinaires qui sont parqués dans une sombre forêt par les habitants de la cité de Mileure (anagramme de lumière). Un jour, les méchants morbes parviennent à assasinner le souverain des Mileure, peuple dont le seul espoir réside alors en la personne d'Anna, fille amnésique du défunt.
L'histoire est franchement manichéenne, gentils vs méchants sans vraiment de nuances et cette opposition se retrouve dans la narration. Point de finesse. L'héroine va droit au but, ne faillit pas, ne se pose pas trop de questions et triomphe sans trop de surprise.
D'un point de vue stylisique, on est pas dans la finesse non plus. Ce sont des gros blocs narratifs, des phrases longues fabriquées sur le même moule, même durant les dialogues (!).
Finalement, l'histoire me semble intéressante (le final est innatendu) mais la forme mériterait d'être retravaillée, voire repensée, pour être moins linéaire, peut-être plus longue et plus en nuance.
A noter que Rachel Gibert gère un web-zine fantastique qui en est à son quatorzième numéro : reflet d'ombres
27 avril 2008
Réalité du comte Ouar de Philippe Auffret
Réalité du comte Ouar de Philippe Auffret
Première impression : le début du récit est très haché, comme si le texte avait été repris de très nombreuses fois. On comprend tout très bien, mais le manque de fluidité est quelque peu gênant.
Seconde impression : Le style et paradoxalement un peu trop simple, presque du premier jet pour les didascalies et un peu verbeux pour les dialogues (ils parlent comme un livre).
Mais la troisième impression set celle qui emporte tout le reste : cette histoire est plus complexe qu'il n'y paraît.
La voici : deux savants qui travaillent sur le voyage dans le temps sont en train de constater leur échec lorsqu'un mystérieux individu (le comte Ouar) les aborde et tente de les motiver pour qu'ils continuent leurs recherches. On devine vite (bien avant qu'il ne le révèle) que l'homme en question vient du futur et qu'il va convertir les deux chercheurs à sa cause.
L'originalité ne vient pas ici de l'histoire (très classique dans le thème et le traitement) mais dans le cadre temporel (justement). L'action ne se situe pas ici dans notre présent, ce qui permet ainsi à l'auteur de mélanger théories imaginaires (ou en tout cas non vérifiées, comme les univers temporels) théories actuellement discutées (théorie des cordes).
A lire deux variations sur le personnage du conte Ouar (deux histoires qui se situeraient dans des réalités différentes, ce qui entre dans le cadre scientifique développée dans la nouvelle pré-critiquée ) :
Variations :http://www.anice-fiction.com/salon_auteurs/nouvelles/corpsetame.html
et
déjà vu :http://www.anice-fiction.com/salon_auteurs/nouvelles/dejavu.html
07 mars 2008
Au sadisme de l'écriture de Véronique Cabon D'Angelo
Suite de la critique des nouvelles tirées du Phenix Web Hors série spécial nouvelles n° 7 (critique qui n'engage que moi)
Au sadisme de l'écriture de Véronique Cabon D'Angelo
Ce texte d'horreur est une métaphore. L'auteur même du texte vous a menotté à votre chaise et vous met en face de votre méconnaissance du genre « horreur » et de vos préjugés en la matière. Il va même plus loin et vous reproche d'être un critique non connaisseur, complaisant, jugeant le genre et non le style.
Difficile pour moi de ne pas me sentir visé. De ne pas me prendre pour ce pauvre lecteur victime de son auteur dominateur et tout puissant (n'est-ce pas le cas après tout ? - mis à part que le lecteur a toujours le choix de fermer le livre), peu enclin à apprécier le genre.
L'identification au personnage a bien fonctionné, mais la trouille ne m'a pas gagné. Du dégoût, oui (une femme enceinte soumise à la torture alors que ma propre femme l'est, enceinte, c'est clair que c'est le haut-le-coeur assuré), mais de l'angoisse, non. Peut-être pour une autre fois, madame l'auteur.
Mis à part ça, le style de la nouvelle est maîtrisé (on sent l'auteur d'expérience) mais l'intrigue débouche sur une chute que je n'ai pas comprise (le lecteur métaphorique est dégoûté du récit d'épouvante. Est-ce que c'est aussi le but de V. C. D'Angelo ?) La métaphore a ses limites.
Une bonne idée pour une bonne nouvelle, en somme, dont l'aboutissement mériterait peut-être d'être retravaillé.
29 février 2008
Question de portée de William Blanc
Suite de la critique des nouvelles tirées du Phenix Web Hors série spécial nouvelles n° 7 (critique qui n'engage que moi)
Question de portée de William Blanc
Un texte mécanique, glacé, dénonciateur, impeccable. J'ai adoré.
Mais pourquoi ?
D'abord c'est fouillé. C'est du condensé d'info, d'action. Le décor est minimaliste mais ça n'a pas d'importance. Ça n'est pas le sujet.
Ensuite c'est une vraie science-fiction. Avec un univers politique, ethnique, religieux, esquissé en quelques phrases clefs.
Il y a un vrai personnage. Toute l'histoire tourne autour de lui, le décrit par ses actes, ses choix, ses paroles. Et à la fois c'est un concept qui est montré, celui du recul, nécessaire à toute réflexion.
Il y a une action qui noue les tripes, sans hémoglobine mais avec une violence froide qui fait peur.
Enfin, l'histoire de la nouvelle, rejoint l'Histoire. Celle de l'homme qui lutte pour s'implanter, pour se protéger, pour se faire respecter. Celle des guerres si bien implantées que personne ne sait plus pourquoi on les fait, celles des décisions politiques prises par certains, au détriment de tous les autres.
Je ne résumerai pas l'histoire, pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui ne l'ont pas lu. Je ne m'étendrai pas non plus sur l'efficacité de sa construction, sur la qualité de la narration ni sur le choix du titre.
Courrez lire cette nouvelle et retenez le nom de son auteur.
28 février 2008
Ce matin-là de Catherine Garry
Suite de la critique des nouvelles tirées du Phenix Web Hors série
spécial nouvelles n° 7 (critique qui n'engage que moi)
Ce matin-là de Catherine Garry
La première phrase d'une histoire c'est important. Et le temps qu'on emploie va donner le la pour tout le reste du récit. Ici, ça comment par du plus que parfait. Pour continue illico sur de l'imparfait. Ben, moi, ça me choque, surtout que ça ne se justifie pas du tout.
C'est un texte riche en dialogues, pauvre en descriptions. Du coup, il faut rentrer dans le style d'écriture qui est très... ouvragé.
Exemple de dialogues (même de monologues ) : « Quelle heure est-il donc ? » ou « Je ne suis guère en avance »
Difficile de faire plus lourd.
Une fois qu'on s'est fait au déballage excessif de formules, on suit agréablement l'histoire, qui est celle d'une fille qui meurt alors qu'elle devait se marier. Il y a un changement de point vue plutôt intéressant, une idée classique qui tend à donner du temps au morts pour quitter leur monde (Merci Marc Levi)
La chute est un peu molle (Au moins, on ne se fait pas mal) et difficile à saisir au début. A la deuxième lecture, on comprend que ce n'est pas une chute, juste des points de suspension.
Au final, Ce matin-là se lit vite...et s'oublie vite.
NB : notons que la nouvelle est classée dans la catégorie Science-fiction alors qu'elle appartient manifestement au fantastique.
27 février 2008
Le puzzle de Nicolas Benard
Suite de la critique des nouvelles tirées du Phenix Web Hors série
spécial nouvelles n° 7 (critique qui n'engage que moi)
Le puzzle de Nicolas Benard
Une vielle dame est seule chez elle. Le téléphone sonne mais personne ne se manifeste au bout du fil. Agacée, elle raccroche et se met à commencer un puzzle.
Voilà le point de départ de cette courte nouvelle à chute.
Le style est efficace (comme les autres nouvelles que j'ai lues de Benard) et le déroulement de l'histoire se fait sans a-coup, jusqu'à la chute (sublime). Quelques pistes sont ouvertes quand à l'explication du dénouement (un ami décédé, le coup de fil), mais rien de bien clair. On est dans le spectaculaire. C'est pas grave, c'est du fantastique. L'important c'est de flipper un bon coup.
Bref, le puzzle, c'est du bon.
Mais (et oui, il y a un mais) il y a quelque chose qui me gêne dans cette histoire. Je ne peux la décrire sans gâcher le plaisir à ceux qui veulent la lire, mais ce traitement fantastique du puzzle, je suis absolument CERTAIN de l'avoir déjà lu/vu quelque part (King, Poe, Matheson, 4ème dimension...?)
Si quelqu'un a lu la nouvelle et sait d'où me vient cette sensation de déjà-vu, merci de m'éclairer.
26 février 2008
La Châtelaine de l'au-delà de Céline Guillaume
Suite de la critique des nouvelles tirées du Phenix Web Hors série
spécial nouvelles n° 7 (critique qui n'engage que moi)
La Châtelaine de l'au-delà de Céline Guillaume
Première impression : le texte est aéré, lisible. C'est déjà ça.
Seconde impression : un problème d'utilisation de l'imparfait dès le seconde phrase (problème qui persiste dans la suite du récit)
Troisième impression : le narrateur est un curé. Pourquoi faut-il qu'il y ait toujours un curé dans les histoires fantastiques ?
Bon, passées les premières impressions, voici l'histoire : un curé qui débarque dans un village se voit pressé par une châtelaine d'empêcher son fils (celui de la dame) de faire une sortie à cheval, sous peine de se tuer. Je peux ici sans problème révéler la chute : la châtelaine est en fait une revenante (ben oui, c'est dans le titre. Il faut faire attention quand on choisit son titre).
Le texte est court, tout en dialogues et n'évite pas les clichés du genre. Mais il a l'avantage de se lire facilement. En fin de compte, il laisse en bouche la même impression qu'un bonbon Haribo.
A lire pour occuper la récré.
En substance, il semble l'auteur soit bien connue dans le petit monde du fantastique. Elle a eu droit à son interview chez yozone, et ça vaut le coup de voir le personnage :
http://www.yozone.fr/spip.php?article2344
25 février 2008
Le missionnaire d'Annette Luciani
Suite de la critique des nouvelles tirées du Phenix Web Hors série
spécial nouvelles n° 7 (critique qui n'engage que moi)
Le missionnaire d'Annette Luciani
Pourquoi le missionnaire. La position ? Le religieux ? J'avoue qu'après la lecture de cette nouvelle, je n'ai pas la réponse à cette question. Par contre, je peux répondre à celle là : est-ce que lire Annette Luciani, ça vaut le coup ?
La réponse est oui. Et re-oui.
Le missionnaire, c'est histoire de deux individus (monstres, vampires, humains, animaux ?) qui se traquent et cherchent à se trucider l'un l'autre (et y arrivent, d'ailleurs). Le missionnaire, c'est une plongée dans un univers noir et flippant dès les premières lignes, dans une monde animal, barbare, sanglant, et ô combien jouissif. Ça coupe, ça découpe, ça tranche et ça taillade. Que du bonheur.
Le missionnaire, c'est aussi des images, des scènes rapides, des sons, des odeurs. Bref, une ambiance, une vraie. Et c'est enfin une texte qu'on lit d'un trait et qu'on lâche à la fin en se disant c'est tout !!?


