15 octobre 2007
je suis un dinosaure 10
En ce moment, je suis dans ma chambre d'étudiant à ruminer mes pensées. Rideaux tirés, lumière éteinte. Le jugement a été rendu la semaine dernière. Mes parents sont en larmes. Ne savent pas quoi penser. Je leur ai dit ce que je suis et ils ont l'air de me croire. Mais ils font semblant, comme a dû leur conseiller leur psy. C'est marrant, c'est eux qui ont un suivi médical maintenant, pas moi.
Je sens mon sang bouillir dans mes veines, ma rage monter. Six milliards d'humains sur terre. Beaucoup trop. Pour moi, c'est un gibier sans prédateur, une erreur à corriger. Ou un terrain de jeu. Une chèvre par jour, non... mais un humain par nuit, pourquoi pas ? Ça ne se verrait même pas sur la quantité. Il me suffira de suivre mon instinct.
Carnivore.
FIN
14 octobre 2007
je suis un dinosaure 9
Je me suis énervé et j'ai mordu certains des étudiants qui me raillaient. Chair tendre et goûteuse. J'ai défiguré à vie ces pauvres débiles. J'ai été arrêté, jugé et condamné. Depuis, je suis surveillé. On me tient à l'oeil comme un animal dangereux, un chien enragé, une erreur de la nature. Tous ces primates dégénérés ne sont pas capables de reconnaître une espèce supérieure quand ils en voient une. Ou plutôt si. Ils la reconnaissent et devinent quel danger elle représente. Ils préfèrent alors se protéger, comme ils l'ont fait avec tous leurs prédateurs naturels. Attention, je suis presque bon pour le zoo ! S'ils découvrent qui je suis réellement, j'aurai une cage à ma mesure, bardée de barbelés, électrifiée, isolée, et ils me donneront une chèvre vivante par jour. Une chèvre !! Cet animal débile et domestiqué !
A suivre...
13 octobre 2007
je suis un dinosaure 8
Puis je suis entré en Fac, et les problèmes ont commencé. L'ambiance impersonnelle du lieu me convenait. Je n'étais pas obligé de me lier avec un être humain, ni de me conformer aux habitudes des autres. j'évoluais en liberté, sans contraintes, sans obligations sinon celles d'aller en cours. Parce que les cours m'intéressaient : je suivais à la fois un cursus d'histoire – la préhistoire évidemment – et un cycle de sciences. Je serai paléontologue. Mais en dehors des amphis, les autres ont commencé à me reluquer bizarrement. Ils ne montraient aucune peur face à mon look et mon attitude animalement supérieure – le dinosaure est plus plus évolué que l'humain du point de vue de l'estime de soi – mais un vif mépris. On me montrait du doigt, on m'évitait, on riait de moi. Au début je me moquais de ces comportements primaires d'auto défense, mais j'ai fini par être touché. Il y a une faille dans mon ego que je croyais indestructible : je suis quand même un être humain.
A suivre...
12 octobre 2007
je suis un dinosaure 7
Mes parents n'étaient pas vraiment ravis de mes choix, vestimentaires, relationnels, comportementaux. Pour eux, la lubie du bambin qui aimait les grosses bêtes s'était transformée en pathologie grave. Ils m'ont emmené voir des psy, des rééducateurs, des gars qui sortaient de tôle... N'importe quoi, les vieux. Tous ce qu'ils ont réussi à me faire penser, c'est que l'espèce humaine est bien inférieure à celle des dinosaures. Trop chétifs, trop craintifs et trop bavards. Pourquoi parler quand on peut se faire comprendre par gestes ? Pourquoi demander gentiment quand on peut hurler et avoir la réponse plus vite ? Et d'abord pourquoi demander quand il suffit de prendre ?
A suivre...
11 octobre 2007
je suis un dinosaure 6
Il y avait d'abord ce type avec une souris sur l'épaule. Stan. Il me trouvait grave flippant, mais cool. Moi, je me sentais proche de Stan, surtout parce qu'il avait toujours à manger sur lui. Je parle de la souris bien sûr. Un millier de fois il a penser qu'elle s'était enfuie alors qu'elle avait été gobée par un carnivore avec un petit creux. Il y avait aussi le gars qui se prenait pour une hyène. Trop flippant lui aussi. Quand il voyait une fille, il rigolait bêtement et roulait des yeux fous en se passant la langue sur les lèves. Ça marchait pas toujours. Un jour, une fille est partie en hurlant. Non, en fait, c'était à chaque fois comme ça. Enfin, il y avait Lutece, la seule fille du groupe. Elle aimait les serpents, surtout les boas et en traînait souvent un en plastique autour du cou. Les boas c'est cool, ça peu gober des proies plus grosses que lui. Un prédateur que je respecte. Un jour, elle a amené un petit aspic dans son sac. Elle s'amusait à lui présenter son doigt et à le retirer au dernier moment. Bien sûr, elle s'est faite mordre et son doigt à triplé de volume, mais elle ne s'est pas plainte et n'avait même pas l'air de souffrir. En fait, elle avait l'air heureuse que le serpent ait accepté de la mordre. Je crois que j'étais amoureux de cette fille.
A suivre...
10 octobre 2007
je suis un dinosaure 5
A cette époque, mon look changeait assez souvent. Quelle image doit donner un dinosaure coincé dans le corps d'un humain ? J'ai commencé le lycée tête rasée, parce que les dinosaures n'ont pas de poils. Ensuite, je me suis laissé pousser les cheveux, pour donner toute sa mesure à mon côté animal. Je ne me lavais pas, ni les cheveux, ni le corps – un dinosaure n'a pas besoin de se laver – et j'exhibais fièrement mes fragrances de prédateur. J'ai finalement dû remettre la patte sur le savon et le shampoing car le lycée voulait me mettre dehors sous prétexte que mon odeur gênait le travail des autres. J'ai ensuite opté pour la crête, du front à la nuque, prolongée par des piquants sur mon blouson. Ce look a duré très longtemps. Je me sentais bien avec mes écailles dans le dos et je me rapprochais de gens qui me semblaient plus intéressants que la moyenne des humains.
A suivre...
09 octobre 2007
je suis un dinosaure 4
Avec les filles, c'était autre chose. Tout le lycée savait que j'étais un animal disparu du crétacé. J'en étais fier et je ne le cachais pas. Mais ça attirait peu les minettes, sauf quelques thons – une espèce qui n'existait même pas à l'époque. Mes grognements les faisaient fuir et ma belle assurance primale leur faisait visiblement peur. Espèce inférieure ! En tout cas, celles qui osaient se laisser approcher par la bête ne le regrettaient pas. Elles vantaient mon ardeur animale à qui voulait l'entendre et me croisaient dans les couloirs avec des gloussements étouffés. Je n'avais pas de relations suivies. Un dinosaure, ça n'est pas fidèle, ça part en chasse et ça tire où ça veut.
A suivre...
08 octobre 2007
je suis un dinosaure 3
Ensuite est venu le temps du collège et du lycée. Transformation du corps, mutation de la voix. Tous les matins j'auscultais mon corps à la recherche d'écailles sur la peau ou de crocs surdéveloppées. Mais rien ne venait. J'étais, à mon plus grand regret, coincé dans le corps d'un humain. Terrible carnivore dedans, pauvre omnivore dehors. Enfin, omnivore, pas tout à fait. Dès mes 15 ans, j'ai décidé de ne manger que de la viande. Un T-Rex ne peut pas se résoudre à ingurgiter des fruits, encore moins des légumes verts. Ça mettrait en l'air tout son tube digestif. Récemment, j'ai commencé à ne manger que de la viande crue et à la déchirer avec les dents. Trop bon. Dommage qu'on ne puisse plus trouver les proies que chassaient mes ancêtres sauvages. Une bonne croquée de brontosaure...
A suivre...
07 octobre 2007
je suis un dinosaure 2
Enfant, être un animal disparu, c'était plutôt cool. J'avais l'admiration de tous et l'attention de toutes, j'avais une assurance qui me permettait toutes les excentricités et j'avais surtout une queue bardée d'épines qui pouvait balayer aux chevilles n'importe qui. Avec mes parents, ça passait bien aussi, ils ne se posaient pas trop de questions pour me trouver des cadeaux et j'avais une chambre truffée de dinosaures du sol au plafond. Des jeux dino, des posters de dinos, un papier peint dino, des affaires de classe dino, même un pull avec des boutons en forme de dinosaures. J'aimais bien jouer avec tout ce qui représentait un membre de mon espèce, ça me rapprochait de ma condition disparue.
A suivre...
06 octobre 2007
je suis un dinosaure 1
Une petite histoire dédicacée à un de mes élèves de maternelle, qui se prend effectivement pour un dinosaure. J'espère pour lui qu'il suivra un chemin différent de celui que je raconte.
Et aussi un peu à Boulet parce qu'il aime bien les dinosaures et que moi j'aime bien Boulet même s'il ne me connaît pas.
Je suis un dinosaure depuis ma première année d'école maternelle. Maintenant que je suis à la fac, ça me pose quelques problèmes.
C'était vraiment génial d'être un dino quand j'étais petit. J'avais le droit de mordre tout le monde, de griffer avec mes griffes de 3 mètres, d'écraser les jouets en poussant des grognements. Je crachais même des flammes par le nez, comme les dragons. A l'école j'étais souvent puni, parce que les maîtresses ne croyaient pas que j'étais vraiment un dino. Elles pensaient que je m'amusais, que c'était un jeu. Mais je sais aujourd'hui que j'en ai toujours été un, sans doute un T-Rex ou un raptor. Je suis sûrement un des derniers dinosaures à avoir disparu et je me suis réincarné en homme.
A suivre...
