10 lignes à la fois : laboratoire d'écriture

Blog littéraire de Sylvain lasju (illiarias)

14 janvier 2007

Gérard se fait tailler un costard

Bon sang, mais qu'est-ce qu'elle est ben carrossée celle-là ! Visez un peu la poupée de luxe ! Une croupe ramassée, bien trapue comme je les aime, des petits seins de bourgeoise, fermes comme des petits pains, des hanches profondes, bien moulées dans cette petite veste cintrée, des jambes longues, fines, galbées d'une résille qui réveillerait les morts.
Elle a pas peur la minaude, de promener ses fesses sur le terrain, elle va faire de mauvaises rencontres...
Et en haut, saintes boulles, un visage fin, fier, farouche, des lèvres rouges vif, un menton pointu et un l'air qui dit "Je suis intouchable alors n'y pense même pas". Sacrée pouliche. Rien que de la voir faire la moue comme ça, j'imagine comment elle serait au plumard : la reine des pompiers, rien de moins !
Et cette démarche. Cette démarche !! Quand elle avance, c'est la terre entière qui ondule au rythme de son bassin. Des coups de reins en voici en voilà, à droite, à gauche, à droite... Le métronome du désir.
Et voilà qu'elle se retourne, qu'elle scrute tous les joueurs présents, joueurs qui ont laissé tomber leurs boules, qui ont abandonné leur partie, qui ont même oublié ce qu'il faisaient là.
Mon sang ne fait qu'un tour. Cette fille-là, mon vieux Gérard, elle est pour toi. Je prend mon chiffon et je m'essuie les paluches du mieux que je peux, entre les doigts, partout. Je lisse mes bachantes, rentre ma bedaine, gonfle le torse et je fonce à l'abordage.
- Salut poupée, tu cherches un homme, un vrai ?
Mon sourire est celui des hommes sûrs d'eux, comme dans les pubs pour les dentifrices. Elle, elle fait la snob, me regarde à peine.
- Hein ? Casse-toi.
Quelle rebelle !! J'adore ça.
- Tu sais poupée, que j'ai été finaliste au dernier grand prix de Gabille-sur-Bruyère ?
- De quoi du m'causes, toi ? De boules ? Non mais t'as vraiment l'impression que ça m'intéresse, ton jeu de trouduc ? Et puis tu t'es vu, avec tes joues qui pendent, tes cheveux gras, ton tein rougeaud et ta moustache en vrac ? Et regarde-toi : tu te tiens comme si t'avais poussé de travers, t'es fringué comme un miséreux, avec ton futal en peau de zobi, ta veste de récup et tes mocassins troués. Laisse moi deviner, tu mets des slips kangourous ? Allez retourne chez ta mère, je suis sûr qu'elle est plus belle que toi.
Bon, je vois, c'est une difficile. Elle sais pas ce qu'elle rate.
Et puis, des gonzesses, y'en a plein les rues.
Et puis j'ai une partie de boules en cours, moi. Merde.

Posté par caleo à 16:21 - Les aventures de Gérard - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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