20 mai 2007
Thréocle (6)
Le salon est grand. Au milieu de la pièce se trouve une grande table et des chaises en bois l’entourent. Arcko est assis dans un grand fauteuil près d’une imposante cheminée ou rayonne un feu sans chaleur. Père m’avait parlé de ses feux magiques qui brûlent sans chaleur. Mais je n’y avais jamais cru. Arcko et Ecklisia discutaient.
- Alors il a bien la marque, affirme Arcko en s’adressant à sa nièce.
- Oui, mon oncle, une fourche à trois dents dans le bas des reins, répond la fille.
- Alors, c’est bien lui. Ecklisia, tu te rends compte, il est bien là, chez nous.
Arcko se retourne comme surpris. Il semble qu’il ne m’ait pas vu, ni entendu.
- Tu excuseras Ecklisia, mais il fallait qu’elle s’assure que tu aies bien la marque. Et en plus d’après ce qu’elle m’a dit, ce n’était pas pour lui déplaire… me lança Arcko en me jetant un clin d’œil.
Je sentis rougir encore plus. Rougir de la situation, mais aussi rougir de colère.
- Vous allez me dire ce que je fais là, et qu’est ce que c’est que cette histoire de marque, et pourquoi avoir envoyé cette fille pour, pour…
- Calme toi mon garçon. Je devais m’assurer que tu étais bien Thréocle, fils de Cratocle et petit-fils de Pétrocle. Et d’après ce que m’a dit Ecklisia, ce n’était pas pour te déplaire. Mais pour l’instant viens t’asseoir et manger. Je te raconterai tout ce que tu veux savoir ensuite.
Fin du premier chapitre
18 mai 2007
Thréocle (5)
Je repère un miroir derrière moi. Je me regarde dedans. J’ai peur, qu’est ce que j’ai changé… déjà, j’ai grandi, j’ai bien dû prendre quinze bons centimètres. Je dois mesurer près d’un mètre soixante dix. Mais j’ai beaucoup maigri aussi. Je peux compter mes côtes rien qu’en regardant mon reflet dans le miroir. Les muscles de mes bras et de mes jambes se sont épaissis. Mescheveux ont également beaucoup poussé. Et ça fait longtemps que je n’ai pas vu la couleur de ceux-ci. Ils sont redevenus blonds ! J’étais vraiment très sale. D’ailleurs, je me sens beaucoup plus léger sans la couche de cendre dont je devais enduire régulièrement mes cheveux. Père me disait toujours qu’il ne fallait pas qu’on arbore notre blondeur, dans notre pays, personne n’avait les cheveux blonds.
- Je t’apporte tes affaires Thréocle.
Je sursaute, je n’ai pas entendu la porte s’ouvrir. Je vois une jolie fille. Elle doit avoir dans les quinze ans. Je suppose que c’est Ecklisia.
- Dis-moi, c’est une habitude de famille de rentrer chez les gens sans frapper ? dis-je à la fille qui pose mes affaires sur le lit.
- Habille-toi vite, mon oncle nous attend, dit-elle en me fixant avec un sourire sur les lèvres.
Habille-toi… Mais… je suis complètement nu, devant une fille en plus. Même si je ne me vois pas, je me sens devenir rouge cramoisi tellement j’ai chaud aux joues. J’essaye de dissimuler tant bien que mal ma nudité. Et en plus elle ricane…
- Tu peux me laisser s’il te plaît, je suis tout nu… dis-je
- J’avais cru le remarquer, dit-elle en s’en allant.
En franchissant la porte elle rajoute…
- D’ailleurs c’était… très marrant.
Marrant, je lui en ficherai moi. J’aimerais bien l’y voir, nue devant un inconnu. Je m’habille rapidement et rejoint Ecklisia et Arcko dans ce qui semble être un salon.
16 mai 2007
Thréocle (4)
Je jette mes fringues en tas au pied du lit, et, nu comme un ver, je me glisse délicatement dans la bassine. L’eau est très chaude, mais ça fait beaucoup de bien. Bon, j’ai peu de temps. Je dois réfléchir posément. Qui est ce vieux Arcko ? comment connaît-il mon prénom, mon histoire, mon père… Vraisemblablement, il lit dans mes pensées. Pourtant, je pense que je peux lui faire confiance. C’est la première fois en deux ans que j’arrive à accorder ma confiance à quelqu’un.
Pourtant, ça n’a pas toujours été aussi simple. Surtout depuis la mort de père. J’ai dû fuir quand les hordes de Krims ont senti la mort. Les krims sont des créatures monstrueuses et sentent lorsqu’il y a un mort et qu’il n’est pas enterré tout de suite. Ils viennent pour dévorer la dépouille puis brûlent tout sur leur passage et tuent tout être vivant à proximité. Je n’ai pas eu la force d’enterrer père et ils ont bien failli me trouver. C’est étrange d’ailleurs qu’ils ne m’aient pas trouvé. Je n’étais pas très bien caché, et ils ont bien failli me débusquer, derrière le buisson. Mais lorsqu’ils se sont approchés, celui qui semblait être le chef se mit à pousser un hurlement suraigu.
Jeter sur les routes, j’ai dû faire attention aux brigands dans les bois et aux gardes aux abords des cités. Bizarrement à chaque fois que j’ai eu à faire avec eux, je m’en suis toujours sorti. J’ai marché deux années, à chaque fois je restais un ou deux mois dans une cité et je repartais. En arrivant ici, à Ichtys, je savais que j’y trouverais des réponses. Mais pas aussi vite…
Que ce bain fait du bien. Je me sens délassé. Pourtant mon estomac me rappelle à l’ordre. Je sors de mon bain et attrape la serviette avec laquelle je me sèche, et rejoint ensuite le tas de guenilles.
14 mai 2007
Thréocle (3)
Je suis Arcko dans ce qui semblait être une remise. En fait, il s’agissait d’un petit vestibule ouvrant sur un escalier en colimaçon qui menait à l’étage supérieur. Je grimpe quatre à quatre cet escalier. Arcko peut paraître vieux, il n’en est pas moins rapide. Il m’indique une porte et me dit :
- Voici ta chambre. Elle est prête depuis deux ans maintenant. Entre et détends-toi toi. Tu trouveras tout le nécessaire pour tes ablutions, et ne lésines pas sur le savon… vu l’odeur qui se dégage de tes fuenilles, cela doit faire un moment que tu n’as pas vu la couleur de l’eau. Pour les vêtements, Eklisia, ma nièce t’apportera ce qu’il faut. Ensuite, elle t'accompagneras au salon pour que tu puisses manger.
Il referme la porte sans que je puisse avoir le temps de répondre quoi que ce soit. Je me retrouve dans une vaste pièce où je découvre un lit, une grande armoire et, dans un recoin, une bassine d’eau fumante. Comment pouvait-il savoir ? Entre le moment où suis entré dans la boutique et maintenant, il a dû s’écouler à peine un quart d’heure, et je me retrouve face à un bain bouillant. Je vais devoir éclaircir tout cela. En attendant, c’est vrai que je ne sens pas super bon.
21 avril 2007
Thréocle (2)
Et bien, voilà une suite à Thréocle paru le 13 avril. Le tirage est le suivant : Recensement,
organe, denier
J’étais encore sous le coup de l’émotion. Le souvenir de mon père me faisait toujours mal. Je ne pouvais m’empêcher de penser à celui qui m’avait appris à chasser et à pêcher pour survivre, mais également à celui qui m’a appris à lire et à écrire. Cela n’était pas courant à cette époque où le recensement royal ne comptait que des lettrés chez les riches nobles, et encore. Même mes amis ne devaient pas être au courant, mon père m’avait bien prévenu que si ça venait à se savoir, des choses pourraient bien m’arriver
La voix du marchand me rappelle que je suis toujours dans ce magasin, en présence de ce vieux farfelu qui me raconte des choses dont je saisis à peine le sens. Destinée, destin… mais je ne suis qu’un simple jeune homme, et encore, je n’ai que 13 ans. Ca fait deux ans que j’erre sur les routes…
- Arrête de te torturer l’esprit, je ne te veux aucun mal. Soit ici en confiance. Tu es en sécurité… du moins autant qu’on puisse l’être en ces temps sombres, chuinte le vieux marchant.
- Tout le monde m’appelle Arcko le Fou. Mon vrai nom est Arckinaos de Téresia, mais pour l’instant, appelle moi Arcko.
Je reste sans voix. Je le regarde. Je sens enfin le flot vital de mes artères qui irrigue à nouveaux mes organes.
- Es-tu muet, Thréocle, tu n’as pas encore ouvert la bouche.
Il connait mon nom. Je le regarde enfin fixement dans les yeux. Je me perds dans un bleu laiteux qui déclenche en moi des vagues de frisson. Cet Arcko, ou quel que soit son nom, est aveugle.
- Arrête de te poser mille questions. Viens avec moi, tu vas déjà te laver et te restaurer, reprend le vieux.
- Je n’ai pas un denier à vous proposer Monsieur, dis-je en retour
- Cela fait deux ans que je t’attends Thréocle, je te propose de venir chez moi, je suis prêt à t’accueillir, et le premier mot que j’entends, c’est pour parler d’argent ? Tu viens chez moi, tu manges, tu te laves, tu te reposes et tu apprends. Voilà comment tu me remercieras. Deviens mon élève, comme ton père l’a été. Maintenant suis moi.
(à suivre…)
13 avril 2007
Thréocle
Je me lance à mon tour
dans l’exercice du dictionnaire. Les mots piochés sont : lambda, stand-by,
étique. Ô surprise, je viens de découvrir qu’étique n’avait pas du tout la
signification que je lui donnais… sacré dico !
Je foule les pavés de la rue Saint Rome, mon regard attiré par les devantures des magasins aussi divers que nombreux. Des chaussures de cuir précieux du cordonnier aux odeurs appétissantes des restaurants luxueux, en passant par les étalages de fruits multicolores et de riches légumes des primeurs, je suis intrigué par la vitrine d’un magasin que je n’avais jamais remarqué.
Je m’arrête devant cette boutique sombre. Je n’entends plus les badauds passer derrière moi, je ne remarque plus les pigeons qui vont et viennent Je suis comme en stand-by, absorbé par les étranges objets de ce noir bazar.
Je ne sais quel élan me pousse à entrer dans l’échoppe. Un amoncellement d’objets bizarres s’ouvre à mon regard une fois que celui-ci s’est habitué à la pénombre. Rien de commun, rien de déjà vu, et surtout rien ne semble vendable. Et pourtant, je finis par saisir une lampe en bronze. Lampe lambda ? C’est ce que j’ai cru, mais je dois reconnaître que celle-ci est vraiment particulière. Elle est finement ciselée, et ce qui m’était apparu comme du bronze…
- C’est de l’or, jeune homme… susurre une voix dans mon dos, de l’or de Pétrurie. Tu le vois donc… la prophétie se réalise…
Je détaille l’étrange homme qui vient de m’interpeller. Agé, étique, barbe blanche, yeux d’un bleu profond… On aurait dit un druide…
- Alchimiste… si c’est ce que tu veux savoir… reprend l’homme de sa voix extrêmement douce.
Je ne comprends pas, lit-il dans mes pensées ? Je veux sortir, je cherche la porte, je ne la trouve plus, je sens un terrible vertige me prendre.
- Ne cherche pas à fuir ta destinée, tu es ici car tel était ton chemin. Je serai ton maître dans le dur combat qui t’attends.
Je ne comprends pas un traître mot de ce qu’il me raconte, je n’ai qu’une envie, fuir, mais une terrible sensation d’étouffement m’en empêche. Je me rappelle ce que me dit alors mon père sur son lit de mort :
« Thréocle, tu es bien jeune encore du haut de tes onze printemps. Tu es insouciant. Mais un jour tu comprendras que tu n’es pas un simple enfant, tu comprendras que tu n’es pas un simple homme. Soit juste quand tu dois être juste, soit aimant quant du dois aimer, soit un homme bien mon fils. Un jour, tu rencontreras ta destinée. Ne sois pas triste, c’était écrit. »
Dans un dernier souffle, il esquissa un sourire et s’éteignit.
