30 octobre 2008
L'horloge
Une pioche facile. Trois mots qui provenaient d'une fiche pédagogique censée apprendre à des enfants de CM1 à utiliser un dictionnaire :
Demander – balle – chronomètre

- Tu sais pas lire l'heure ? demanda l'enfant à l'adulte.
Ce dernier restait planté devant l'horloge qui ornait le fronton de la banque depuis dix bonnes minutes. Il passa une main pâle sur son visage et se tourna vers la petite voix qui continuait :
- Moi non plus, je sais pas. J'ai demandé à mon grand frère de m'apprendre mais il a pas voulu. Mon papa non plus il a pas voulu. Ma soeur non plus elle a pas voulu. Ma mère non plus...
- Elle a pas voulu, abrégea l'homme d'une voix pressée. Dis, puisque tu as une si grande famille, tu devrais aller la rejoindre.
- Non, s'exclama le garçon, ma maman elle a dit que je reste ici et que j'attends qu'elle reviendre de son rendez-vous avec un monsieur de la banque.
- Elle ne t'a pas dit de ne pas parler aux inconnus ?
L'enfant réfléchit en grimaçant.
- Non.
- Dommage, grommela l'homme en s'éloignant.
- Eh, attends, monsieur. Tu peux pas m'apprendre à lire l'heure ?
L'homme jeta un nouveau regard en direction de la pendule et fit demi-tour. Il était presque midi.
- Non, j'ai pas le temps, dit-il, mais je peux te donner un conseil : dis à ta maman de t'acheter une montre à cristaux liquide, sans aiguilles.
- Une qui fait chronomètre ?
- Voilà. Maintenant, éloigne-toi de la banque. Allez.
- Pourquoi ?
- Parce que ! hurla-t-il en montrant ses dent. Ouste.
Le garçon éclata en larmes et se détourna de l'adulte en courant. Alors que l'aiguille des minutes rejoignait juste celle des heures sur le cadran de l'horloge, l'homme extirpa une cagoule noire de sa poche et l'enfila. Il se dirigea à pas lourds vers la porte vitrée et tâtonna le contenu des poches de son manteau : à droite le pistolet chargé, à gauche les balles de rechange.
08 mai 2008
Ode à la paresse
J'avais envie d'écrire un petit truc rapide alors j'ai pioché trois mots : Originalité – rallumer – crédit. J'étais en forme, je les ai placés dans 3 phrases consécutives.
Le reste, c'est un peu mon idée de la décadence : choisir de dormir alors que tout nous appelle à sortir. Y'a des Empires qui se sont effondrés pour moins que ça ...
Rester au lit. Paul n'aspirait qu'à ça en ce dimanche matin. Éviter toute originalité malvenue. Rallumer la flemme de la détente. Vivre à crédit.
Dehors, le soleil inondait le jardin de chaleur bienfaisante tandis que les oiseaux faisaient entendre leur joie printanière à qui mieux-mieux. Un ciel d'un bleu insolent surplombait le tout, vierge de tout nuage et une brise légère faisait danser les brins d'herbe. Derrière le carreau, la nature faisait rimer la vie avec l'envie, faisait chanter le romarin avec les plants de tomates, faisait danser les animaux avec la rosée. Là-bas, tout poussait, volait, criait, brillait, jouait, jouissait.
Paul poussa un soupir, se retourna et se rendormit.
10 février 2008
Ou les visiteurs impromptus ne sont pas toujours les bienvenus
3 nouveaux mots (Source : petit Larousse illustré 1977) :
Marcher – paganisme – radicalement
Sa planche sous le bras, Mike revenait de quatre heures de glisse ininterrompues. Hésitant entre fatigue extrême et extase, son corps ruisselant le traînait tant bien que mal le long du chemin de la plage. Lorsqu'il surfait, il ne pouvait que le faire radicalement, sans concession d'aucune sorte, embrassant la vague autant avec ses muscles, ses tripes et son âme. Quand la nuit le surprenait, il lâchait tout, sans transition, et marchait jusqu'à chez lui, la tête dans les étoiles.

Il poussa la porte de la maison rose – celle qu'il louait avec ses collocs du moment. Ses sens endoloris par des heures de roulis ne perçurent pas tout de suite que quelque chose clochait dans le paysage. Puis il vit les trois hommes en noir assis sur le canapé du salon, les attaché-case assortis et des faces trop sérieuses pour être honnêtes.
Des rampants, pensa Mike. Ces gars là n'ont jamais mis les pieds sur une planche.
Il écouta d'une oreille distraite ce qu'ils avaient à lui dire. Ça parlait de compétition, de publicité, de contrats et de dollars, mais Mike n'entendait qu'un seul mot à travers son prisme de fatigue : paganisme. Ça voulait dire qu'on voulait encore lui faire perdre sa foi, l'éloigner de sa plage, le convertir à une vie compliquée. Il n'avait même pas pris sa douche.
Mike ne connaissait qu'un seul remède à ce genre de visites : un coup de pied au cul.
09 février 2008
La chute
3 mots piochés au hasard dans le livre "l'espace de la révélation". Le texte ne casse pas de briques, mais comme il m'a fait rire et l'écrivant, je vous le propose.
Parole – attendre – explication

_ Il arrive sans une parole, sans une explication. Il est tellement grand qu'il cache le soleil. Lentement, comme si ça lui demandait une énergie folle, il se courbe et ramasse la petite fleur qui pousse au milieu du pré.
_ On pourrait entendre ses articulations craquer.
_ Ouais, on pourrait... mais non, en fait. Ensuite, il lève la fleur à hauteur de son visage et inspire profondément. Son visage reste impassible quelques secondes et alors...
_ Et alors ?
_ Alors il éternue.
_ Ah... c'est marrant. Et alors ?
_ Alors, je sais pas. C'est toi, le spécialiste des chutes.
_Oui... Hum, attends... Oui. Il tombe à la renverse.
_ C'est nul.
_ Oui, mais c'est une chute.
27 décembre 2007
Fascination
Un texte écrit au hasard du dico. 3 mots pas faciles à placer, ce qui rend leur utilisation un peu forcée : Crevettier – jaculatoire – papillon
Ali serrait son sac de plus en plus fort contre lui. Sa démarche s'accélérait, précipitée, bruyante. Les passants le dévisageaient, pensait-il. Ils savaient. Un papillon passa devant son champ de vision. La liberté, la sérénité. Bientôt, il serait pareil, libre comme l'air. Quand on l'aurait payé.
Ali bifurqua vivement à l'angle de la rue suivante. Sa sangle lui broyait l'épaule. C'était lourd, c'était brûlant, c'était maudit. Et tout ces gens qui le voyaient passer... Quelques minutes plus tard, il arriva en vue de l'église, un immense bâtiment moderne aux allures de crevettier. Ali entra à pas de loup dans l'édifice et resta planté quelques minutes pour s'habituer à la pénombre.
Dans le fond, près de l'autel, il vit un petit homme, en soutane. Il avait les yeux fermés et semblait en pleine oraison jaculatoire. Tout d'un coup, il ouvrit les yeux et se dirigea vers Ali, les mains ouvertes.
- Mon jeune ami. Enfin, vous voilà. Vous l'avez apporté ?
L'homme transpirait abondamment et dégageait une odeur d'encens désagréable. Ali posa son sac à terre, avec un bruit sourd. Ses yeux brillaient dans la pénombre.
- Vous ne savez pas ce que ça m'a coûté, dit-il en ouvrant le sac
Le curé cligna des yeux et découvrit avec extase ce que le jeune musulman exhibait, enroulé dans des torchons sales : un exemplaire du Coran.
16 juillet 2007
Purée !
Quelque – enfant – haussement
Quel enfant refuserait une bonne purée maison, confectionnée avec amour et de bonnes pommes de terre nouvelles ? Jason s'y était risqué, chaque fois que sa mère lui apportait ce plat, surmonté d'un sourire où l'espoir se mêlait à l'incompréhension. Pourtant, se lamentait la maman, il aime les pommes de terre, mon biquet, qu'elles soient sautées, frites, vapeur ou rissolées. Il y a quelque chose qui cloche avec cette purée.
Cherchant à se persuader que son fils était normal, la maman emmena Jason voir de nombreux spécialistes, nutritionnistes, cuisiniers, gastro-entérologues et autres marabouts. Mais jamais aucun ne découvrit pourquoi l'enfant rechignait à manger la purée, alors que toutes les autres formes de patates le délectaient.
La mère, dans sa détermination sans faille, chercha quel autre ingrédient – outre la pomme de terre – pouvait empêcher son fils bien-aimé de se régaler avec sa purée. Elle réalisa ainsi une multitude de recettes, changeant ou de beurre, ou de lait, ou de sel, ou de poivre. Mais les composants d'une bonne purée se comptant sur les doigts d'une main, elle réalisa vite qu'aucun des ingrédients n'était à mettre en cause.
Enfin, reconnaissant son échec, elle se résigna à simplement ne plus servir de purée à son enfant et laissa couler le temps sur cette affaire.
Ainsi, des années plus tard, alors qu'elle rendait visite à son fils dans sa chambre d'étudiant, quelle ne fut pas sa surprise de le voir exhiber devant elle une boîte de purée en flocons et concocter une pâte tenant davantage du plâtre que de la nourriture pour humains.
- Mais, mon biquet, s'écria la femme, je croyais que tu n'aimais pas la purée. Que s'est-il passé ?
Le fils la toisa et rétorqua dans un haussement d'épaules :
- J'ai toujours aimé la purée. Mais la tienne est tellement dégueulasse...
D'autres textes devraient suivre, mais plus tard, faute d'avoir internet (déménagement en cours).
15 juillet 2007
Un casse-couille
Casse-couille – bouteille – renvoyer
L'impression que Martino Buonaparte laissa sur son auditoire, lors du toast hilarant qu'il porta juste après l'ouverture du bal était bien différente de celle qu'il laissa aux quelques survivants du mariage, lorsque vers 5 heures du matin, il se cassa une bouteille sur la tête. Il était progressivement passé du statut de boute-en-train génial à celui de casse-couille.
Au début de la soirée, il enchaînait les blagues et les anecdotes, voletant d'un groupe à l'autre, que les membres du groupe lui soient connus ou non. Un peu plus tard, on le voyait danser avec les mamies, lancer des chansons paillardes ou faire semblant de draguer la mariée. Toujours un verre à la main. Mais vers minuit, ses gags n'avaient déjà plus la même saveur. Il inversait les verres des convives partis danser, renvoyait des plats en cuisine après y avoir incorporé trois poignées de sel ou poussait le DJ à passer des bourrées Limousines entre les slows.
Vers 2 heures du matin, l'heure à laquelle beaucoup étaient fatigués et pensaient à partir, il était fin ivre et, de fait faisait partir beaucoup de monde. En 15 minutes, les trois quarts des invités regagnèrent leurs pénates. Ne restaient que ceux qui s'étaient suffisamment imbibés pour s'amuser malgré la calamité ambulante qui leur tenait la jambe.
Lorsque, titubant au milieu de la scène, il s'éclata une bouteille de scotch vide sur le crâne, tout le monde dormait du sommeil du juste, dans un lit ou dans un coin de la salle des fêtes.
Yvan Serin était médecin aux urgences et complètement ivre. Il avait même dépassé le stade de l'ivresse pour accéder à celui du pré-coma, du black-out neuronal durant lequel ouvrir les yeux est un exploit. Le bruit du verre cassé s'insinua cependant entre ses deux hémisphères avinés et réveilla en lui un réflexe professionnel. Dans une semi-conscience, il parvint à se lever de son fauteuil, à trouver le lieu de l'accident et à ausculter Buonaparte. C'est après 15 minutes de tatônnement crânien que Serin réalisa l'ampleur de la blessure de son patient de fortune et s'écria : « Il est à peine égratigné. Ce con n'est même pas fichu de se blesser sérieusement ».
Un casse-couille, je vous disais.
14 juillet 2007
L'emplacement parfait
Derme – coincé – félin
Le perroquet regardait par la fenêtre depuis plus de trois heures. Il avait vu une livraison de boissons au bar du bas de la rue, un félin coursé par un chien, un accident de la route évité in extremis et une grosse dame au talon coincé dans une fissure du trottoir. C'est alors qu'il battit des ailes et se posa sur la moquette, s'abîmant dans l'observation de l'intérieur du placard à chaussures. Après une visite du sombre lieu de stockage l'oiseau prit son envol pour boire un peu d'eau dans son écuelle, au fond de sa cage à la porte ouverte.
Ce perroquet allait à son aise dans l'appartement de son maître Henri Grand, un duplex de 110 mètres carrés, sis au troisième étage du 12 de la Rue du Bac. Il jouissait d'une cage d'environ 300 mètres cubes, soit environ 600 fois le volume que pouvait espérer un oiseau de sa race dans un appartement parisien.
Vers 20 heures, il réalisa qu'il avait vidé toutes ses graines et se rua sur une boîte de gâteaux apéritifs qui traînait, ouverte, sur une table basse. Il ne toucha pas au breuvage brun que contenait le verre posé juste à côté. Il retourna ensuite se percher sur son poste d'observation favori, qui lui permettait d'avoir cette vue imprenable sur le bas de la rue. Ce perchoir n'était pas là depuis longtemps, ce qui expliquait que le perroquet y passait autant de temps. Il était constitué du corps de son propriétaire qui avait succombé d'une crise cardiaque quelques jours plus tôt.
La langue qui pendait de sa bouche ouverte, son derme qui commençait à gonfler et ses yeux jaunâtres et exorbités, l'animal s'en moquait. La seule chose qui l'intéressait, c'était le bras que l'homme avait tendu en direction de la fenêtre et dont la main s'était rigidifiée autour de la poignée lors de son décès, telle une branche morte formant l'emplacement d'observation parfait.
13 juillet 2007
Concessions
Plusieurs textes "au hasard du dico" vont arriver à partir de ce week end. Et oui, c'est les vacances...
Bouquet – bague – coïncidence
- A la bonne heure, grogna le curé que Paul et Marinette venaient d'engager pour célébrer leur mariage. Je déteste les mariées en blanc ! C'est pas comme si vous n'aviez jamais trempé le biscuit (clin d'oeil appuyé), hein ? Et pour la musique, vous n'allez pas prendre quelque chose de trop plan-plan, j'espère ! Les gens ont vraiment des goûts de chiottes.
Paul, qui avait encore quelques secondes avant un fort penchant pour « les lacs du Conémarra » esquissa un sourire forcé. Mais pourquoi avait-il écouté sa mère ? Pourquoi avaient-ils opté pour ce curé « moderne » ?
- On... on n'a pas encore choisi, lâcha Mariette en croisant le regard décomposé de son fiancé. Et pour les bagues, on pensait...
- Alors pour les bagues, s'emporta l'homme d'Eglise, c'est simple. Dans ma chapelle, c'est toujours pareil. On met les breloques dans une petite boîte en corne (il exhiba une boite à bijoux qui devait dater de la mort de Jésus) et c'est un enfant de choeur qui l'apporte.
- Quelle coïncidence, gloussa timidement Marinette. C'est exactement ce qu'on avait en tête.
_ Et en ce qui concerne tout le flan-flan de la sortie de l'église, assena l'ecclésiastique en appuyant ses mots d'un geste de la main équivoque, vous oubliez ! Le riz dans la figure, le bouquet jeté en arrière, c'est crade et ça me gonfle. En plus, c'est du temps perdu pour le moment le plus important du mariage... vous me suivez (clin d'oeil appuyé), l'apéro.
Paul avait les yeux clos et songeait aux paroles que sa mère avait prononcées quelques jours plus tôt : «si vous prenez le père René, nous vous finançons le mariage ». Souriant, il ouvrit les yeux sur le prélat en robe blanche et pourpre qui se bidonnait en frottant ses mains sur son ventre proéminent et les referma en imaginant comment son mariage pouvait coûter le plus cher possible.
24 juin 2007
Audimat
Me revoilà après un mois d'absence pour des raisons professionnelles qui m'ont pris énormément de temps. Les vacances approches et voici un nouveau texte. Merci à Caleo pour la chute.
Le directeur général de TF2 avait convoqué le staff complet de la première de la nouvelle émission Sex Story, présenté par le transfuge de M7, Benjamin Tunelapadi. Le PDG était dans un état de nerf impressionnant, cassant noix sur noix, écrasant les cerneaux entre ses paumes :
- Bordel ! vous avez vu les rapports de l’audimétrie ? c’est une catastrophe ! Même pas 5 % de part de marché. C’est minable, c’est une honte… du cul du cul du cul… on arrive même pas à vendre du cul !
- Bah, avec toutes ces conneries de quotas, on a été obligé de caster un bègue borgne nationaliste, un unijambiste socialiste, une écologiste qui ne se rase pas… et pour couronner le tout, et pour respecter le temps de parole, une anarchiste factrice et terroriste… euh syndicaliste.
- M’en fout ! vous me les faites coucher dans le lit quatre places acheté pour l’émission, vous me leur faites boire du viagra en bouteille, mais je veux que ça fornique ! et tant qu’on y est, je veux du gore… bordel… faites avaler des dragées fuca ou de l’huile de croton, au gros libidineux pour qu’il passe sa journée aux chiottes…
- Ah ca non, on peut pas, Patron. Ça servirait à rien.
-Et pourquoi ?
- Le CSA nous a interdit les caméras dans les toilettes !
